Entretien avec une autrice: Audrey Alwett (Magic Charly)

Hello les dragons!! Aujourd’hui je vous propose un article qui change, et j’en suis toute excitée voir un peu anxieuse car j’espère vraiment qu’il vous plaira!
Car aujourd’hui, point de chronique ou tag, mais une interview avec une autrice: Audrey Alwett! Vous la connaissez peut être déjà pour sa série BD Princesse Sara ou pour son tout nouveau roman sorti chez Gallimard: Magic Charly! C’est d’ailleurs dans le cadre de la rentrée littéraire de Gallimard qu’Audrey est venue de ce côté-ci de Montréal, et que j’ai pu prendre ce temps avec elle.

Entre nous, ce fut une très belle rencontre, et j’aimerais pouvoir en partager l’intégralité avec vous, mais si je le faisais, ça ne serait plus un article mais une nouvelle! J’ai donc du couper dans notre discussion et je m’en excuse. Vous n’aurez pas par exemple notre digression délicieuse sur Terry Pratchett en tout début d’interview (mais un de mes souvenirs préférés de notre entrevue <3) , ou encore la comparaison du système magique de Magic Charly à l’Académie française (vous pouvez en lire plus sur cela ici). Par contre, nous avons parlé racisme, masculinité toxique, émerveillement et bien sûr magie! Et je vous laisse découvrir tout ça ci-dessous 😉

Merci d’être ici Audrey pour nous parler de Magic Charly, votre dernier roman! Déjà comment est ce que vous trouvez le Québec?

AA: C’est la première fois que je viens et je n’ai pas eu le temps d’en découvrir beaucoup mais hier j’ai eu l’occasion de monter sur le Mont-Royal et j’ai adoré!

Pour entamer notre discussion sur Magic Charly, si vous pouviez le décrire en 3 mots seulement?

AA: Ah!… Magique, Mort et Mémoire … ou plutôt Magie, Mémoire et Pâtisserie!

Et en un peu plus que ça? 

AA: C’est l’histoire d’un jeune garçon dont la grand-mère qu’il adorait s’est volatilisée 5 ans plus tôt. Et quand elle réapparaît dans sa vie, elle a perdu toute sa mémoire. Au début, il pense qu’elle est frappée de la maladie d’Alzheimer et en fait, très très vite, il se rend compte qu’elle n’est pas du tout malade, mais qu’elle s’est fait piller ses souvenirs par le Cavalier, qu’il y a tout un monde magique et qu’elle est une magicière extrêmement célèbre et enfin, que lui même faisait de la magie quand il était plus jeune. Il va renouer avec tout cet héritage là et il va se retrouver dans un monde où la question du privilège est absolument primordiale, un monde ni sympathique ni sécurisant, comme il va le découvrir à ses risques et périls…

Ce que j’ai trouvé intéressant c’est que Charly est un personnage principal très original; déjà c’est un adolescent noir, assez costaud et c’est vrai que souvent, dans la société et les médias aujourd’hui, ça donne un à priori violent. Lui, justement, dans le livre il fait très attention à ce qu’il fait pour défaire cet à priori. J’aimerais que vous nous parliez un peu plus de pourquoi vous avez fait ce choix là.

AA: C’est marrant parce que quand je parle à des gens de ma génération c’est souvent des questions que j’ai, alors que des gens de la génération un peu au dessus se focalisent sur d’autres points du livre. En effet, c’est une question sur laquelle j’ai été extrêmement vigilante. Je voulais…. à la base je suis partie sur un héro noir parce que j’avais vu passer cette manifestation d’une jeune fille noire américaine qui a lancé le hashtag #ThousandBlackBookGirls parce qu’elle disait qu’elle en avait ras le bol de voir des livres avec des jeunes garçons blancs avec leur chien. En fait, elle cherchait des livres avec des filles noires. Alors bon, je me disais j’ai déjà fait beaucoup de livres avec des héroïnes donc j’avais envie d’un héro cette fois-ci. Mais je me suis dis voilà, je ne vais pas faire un héro blanc, parfait, classique, et donc, du coup, je voulais un personnage qui soit moins traité en littérature jeunesse et je suis partie sur un héro noir.

Là je me suis retrouvée face à tout un tas de problématiques que je n’aurais pas eu avec un garçon blanc, où comme de toute façon tout a déjà été fait, on peut partir sur ce qu’on veut. Alors qu’avec un garçon noir, le problème qu’il y a c’est qu’en effet ils ont cette réputation d’être violents. C’est un cliché raciste qui est très problématique et que donc il me fallait défaire. Je me suis dis voilà, comme les garçons noirs ont cette réputation, je ne vais pas faire ça. Le problème c’est que quand il y a un héro masculin dans un livre, blanc, lorsqu’il se retrouve face à un danger, il règle toujours la question de deux bonnes paires de baffes ou d’un coup de poing bien placé. Et moi je me dis, mais non, je ne veux pas que mon personnage agisse comme ça, parce que en tant que personnage noir, il ne peut pas régler un problème de la même manière qu’un garçon blanc, qui lui a le droit légitime à la violence – ce qui est un vrai scandale par ailleurs-. Lui si il le fait il passera pour une brute.
Je trouve ça bien de déconstruire cette masculinité toxique et donc Charly, lui, va être dans cette déconstruction là. Je ne voulais pas que ça passe pour de la lâcheté, il est grand et costaud, il a l’embarras du choix. Il pourrait choisir de faire ce qu’il veut, mais il a choisi la voie de la douceur et de la bienveillance, parce que c’est un personnage très empathique. Je voulais aussi montrer une masculinité qui ne soit pas une masculinité faible mais qui justement s’épanouisse dans ces valeurs. J’en ai un peu bavé pour le construire parce qu’il n’y en a pas tant que ça, des personnages masculins qui sont dans l’empathie. À plusieurs reprises, mon éditeur et même mon agent m’avaient dit  »à oui mais là Charlie a l’air un peu lâche » donc j’étais embêtée parce que si ça avait été un personnage féminin, c’est un passage qui n’aurait pas posé de problème. Et j’étais vraiment, à chaque fois, obligée de me positionner avec l’angle sociétal dans lequel il serait reçu. Donc voilà ça a quand même été une problématique très intéressante à traiter sur tout le bouquin.

En tout cas il m’a vraiment beaucoup touchée car je me suis dit que c’est plus le genre de personnage masculin dont on a besoin, que d’un personnage masculin qui va tout régler par la force.

AA: L’enjeu c’est de montrer que la gentillesse, ce n’est pas de la lâcheté, ça demande du vrai courage.

Je me demandais aussi, plus au niveau de l’écriture, comment l’idée de ce livre vous est apparue et quels sont les premiers éléments que vous avez développé?

AA: Au début, je pensais que ça allait être une petite histoire sans ambition… c’est venu justement de Terry Pratchett et aussi de ma grand-mère, que l’on a vu perdre des bouts d’elle même les uns après les autres et qui est morte sans plus aucune mémoire, ce qui a été bien évidement très triste. Et peu après, Pratchett est mort de la maladie d’Alzheimer, et de voir cet esprit, ce génie, qui s’effrite petit à petit, je trouvais qu’il n’y avait rien de plus triste au monde. Je me suis dit, voilà, ça sera une histoire où il y aura une grand mère qui arrivera chez un enfant – je voyais très vite un garçon – et en fait elle aura perdu la mémoire MAIS ça sera une sorcière et il y aura un héritage, qui sera dans une boite.
J’avais aussi déjà cette idée des bonbons magiques, qui est d’ailleurs dans un autre livre que j’ai écrit, les Poisons de Katharz, et où quand on tire les deux extrémités ça produit les sortilèges. Mais comme elle sera amnésique, elle n’aura pas écrit les sortilèges et ils seront aléatoires et du coup, le pauvre garçon, il ne saura jamais ce qui va se produire. Au début, je voulais traiter ça avec de la légèreté; pour m’aider à faire mon deuil j’avais besoin d’une histoire légère…puis je me suis dis non, finalement, ce garçon va faire ce que moi je n’ai pas pu faire, c’est à dire aller retrouver les souvenirs de sa grand-mère. Et en fait, ça va devenir vital, pour sa grand-mère comme pour lui, qu’il retrouve ces souvenirs.

Beaucoup d’auteurs font de la fantasy, pour vous qu’est ce qui rend votre univers si particulier et unique, qui le rend votre?

AA: Ce n’est pas facile de demander à un auteur ou une autrice de définir par lui même son univers, parce que je suis victime de myopie par rapport à ce que je crée, mais je peux vous dire ce que j’ai essaie de mettre dedans. Moi, j’aime bien les univers extrêmement riches mais bien ordonnés. Je les vois comme une tapisserie gigantesque: il doit y avoir un motif central, que l’on voit très bien et de très loin. Et plus on se rapproche, plus on voit qu’il y a des tas de détails qu’on n’avait pas vu de loin, et que l’on continue de découvrir, sans que cela gène le motif central. Donc voilà, ça c’est quelque chose que j’aime bien faire, à la fois foisonnant et bien rangé.

J’aime bien aussi, le mélange, la tragi-comédie. Mes livres finissent toujours bien, parce que la vie, déjà, c’est dur comme ça, donc je ne me vois pas écrire des bouquins déprimants. Tous mes livres finiront en happy end, il faut le savoir, mais ça n’empêchera pas qu’on verra le prix et le poids de la vie dedans. J’aime qu’on sente le poids de la vie, des choses et des gens, mais que quand même on en rit. L’humour est une arme, il faut toujours faire attention dans laquelle on le pointe.

J’écris aussi pour alléger le quotidien de mes lecteurs, je les fais un peu réfléchir au passage – en tout cas je l’espère – mais je veux aussi leur apporter de la gourmandise, de la sensualité, même dans la jeunesse. Il y en a d’ailleurs un -très léger- moment dans Magic Charly (voyez vous lequel??). J’y fais très attention, car je pense que ces moments de sensualité, ce contact physique tout en douceur, sont très importants et que l’on en a pas assez dans notre vie.

Après j’aime bien avoir un million de petites idées, comme une table remplie d’amuse-bouches et de pâtisseries… on en revient à ce côté foisonnant, ces petites choses qui excitent les neurones, qui font rire, que le lecteur se dise  » à ça c’est rigolo ». Comme des petites bulles de champagne qui éveillent la curiosité et qui émerveillent.
D’ailleurs, pour moi, l’émerveillement et le merveilleux, c’est essentiel. Je travaille beaucoup sur la faculté d’émerveillement, le fait de la cultiver, surtout chez les enfants. Mais chez les adultes aussi, afin de maintenir notre narration intérieure. La capacité de s’émerveiller allège le poids du monde.

Une dernière petite question pour finir: quelle est votre lecture en cours?

AA: Je suis en train de lire Tony Morrison Un Don, juste après avoir fini Beloved, le roman le plus triste du monde mais qui porte un tel poids en humanité, c’est la plus belle histoire de fantôme au monde. A la fois aussi épouvantable que beau, ça porte tout l’amour et le désespoir humain en lui. C’est l’histoire d’une esclave qui s’est enfuit et qui tue sa fille pour lui éviter une vie esclave. Ça parle des traumas profonds que le fait d’être dépossédé de soi-même représente et toute la cruauté humaine qui découle de l’esclavage dans toute sa profondeur. Et en même temps il porte tellement d’amour. Je pense que ça devrait être un livre au programme dans toutes les classes.

Merci beaucoup Audrey pour cette belle interview ❤

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Et voilà! Bravo à vous si vous avez lu cet article dans cet intégralité. Je sais qu’il reste long mais cette rencontre avec Audrey était tellement enrichissante que je voulais vous en partager au maximum! J’ai décidé d’enlever certains points que l’on peut retrouver dans d’autres interviews, et je vous invite par exemple à lire cet entretien avec Audrey pour d’autres thèmes que nous avions abordé.

Sur ce, je vous laisse avec des bisous pailletés au sucretincelle!

Elise

PS: je n’en ai pas parlé pour éviter les spoilers mais info sur le tome 2: on va en apprendre plus sur le passé de la mère de Charlie!!! 

3 réflexions sur “Entretien avec une autrice: Audrey Alwett (Magic Charly)

    • abookandacup dit :

      Merci beaucoup!!! Oui comme tu dis elles est vraiment passionnante comme personne! Haha on a dû se couper car sinon on aurait parlé Pratchett pendant des heures! On a parlé de son humour, de la VO par rapport à la traduction française et de son univers foisonnant 😉

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