Les Abysses: une plongée allégorique dans un trauma transgénérationnel

Les Abysses par Rivers Solomon
Pages: 
178
Format:
 Broché
Publié par: Aux Forges de Vulcain
Top 3 Genres: Fantasy, Historique, Mythologie
Catégorie: Au feu/si vous n’avez rien d’autre a lire/A Avoir/Courrez l’acheter
Source: Copie offerte par l’éditeur
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Pour l’acheter: CaFr

Hello les dragons! Aujourd’hui je vous parle d’un livre qui me tient à coeur, difficile à chroniquer, si beau et douloureux à la fois, et qui vaut absolument le détour: Les Abysses, de Rivers Salomon. Un roman qui manie de façon assez unique son sujet: le traumatisme transgénérationnel né de l’esclavage, le transformant en mythe de sirènes.

Lors du commerce triangulaire des esclaves, quand une femme tombait enceinte sur un vaisseau négrier, elle était jetée à la mer. Mais en fait, toutes ces femmes ne mouraient pas. Certaines ont survécu, se sont transformées en sirènes et ont oublié cette histoire traumatique. Un jour, l’une d’entre elles, Yetu, va le leur rappeler, dans ce roman d’émancipation, magique et réflexif, sur la condition noire et sur l’impossibilité d’une justice, en l’absence de vérité.

Un livre court mais chargé en contenu

Ici, on se retrouve dans la société sous-marine des Wajinrus, descendants des femmes esclaves transportées sur les bateaux du commerce triangulaire. En effet, si elles tombaient enceintes (et encore tombaient, on se doute bien comment pour plusieurs d’entre elles…), elles étaient jetées à la mer pour s’y noyer. Rivers Solomon leur donne dans ce roman une chance de deuxième vie, les transformants en créatures sous-marines de légende. Des êtres qui, pour survivre au traumatisme de leur venue au monde, ont choisi l’oubli.

 » Jadis, quand nous découvrions un bateau qui jetait nos ancêtres par-dessus bord comme s’ils étaient des ordures, nous le coulions. Nous allons couler le monde. »

Un peu en mode « Le Passeur », un seul des membres de leur espèce se souvient et garde pour elle la mémoire de toutes les souffrances vécues par leurs ancêtres. Tous les autres vivent dans l’oubli et le bonheur qu’il procure. Personne ne peut croire que de telles souffrances auraient pu leur arriver, alors qu’ils sont protégés par les abysses et l’ocean et y vivent depuis si longtemps n’est-ce pas?

 » Si le passé est plein d’horreurs, dit Yetu, si un peuple se définie par les atrocités qui ont été commines contre lui, alors oui, c’est bien de tout quitter. Tu n’es pas d’accord? »

Mais pour Yetu, qui sait la vérité et ne peut la partager, c’est trop, elle est envahir par ses souvenirs, par une naissance si douloureuse, et elle fuit. Cette histoire est trop pour une personne, et Yetu refuse d’y faire face, se perd dans le passé, et ne peut vivre dans le présent. Cette déchirure va la guider vers une « deux-jambes » Oori, et, alors que Yetu parle avec elle, et se trouve enfin, elle libère les souvenirs de 600 années de traumatismes que tous les autres membres de son peuple découvrent. Vont-ils se laisser dévorer par les souvenirs et toute la douleur, ou pourront-ils partager ce fardeau ensemble, leur histoire, unis par une reconnaissance commune?

Impossible de ne pas être touché et bouleversé par la façon dont Rivers Solomon utilise un moteur mythologique pour aborder les souffrances de l’esclavage, et l’impact que cette histoire a toujours sur les descendants d’esclave. Il le fait d’une façon si unique et immersive, que l’on n’a aucun mal à imaginer que les Wajinrus pourraient exister. Et d’une certaine façon, ils sont là….

Un autre aspect du livre à mentionner: la façon dont les genres et la sexualité sont abordés. Rivers Solomon est une personne transgenre, et transmet à travers les pages, avec beaucoup de talent, sa vision de ce que cela pourrait être sans la rigidité que nous les « deux-jambes » avons à ce niveau là. Chez les Wajinrus, on peut être masculin, féminin, les deux ou aucun des deux. Chacun dispose des différents types d’organes reproducteurs et peut utiliser ce qu’il veut à sa guise, et avec un nombre de personnes variable. Dans le fond, chacun est libre d’être qui il veut, sans jugement. On pourrait s’en inspirer non?

En quelques mots

Un roman qui oscille entre conte et passé réel, entre histoire et légendes, pour nous rappeler l’importance du souvenir dans la construction d’un individu, mais aussi d’un peuple. Pour dénoncer la violence et l’horreur de l’esclavage, mais aussi pour allumer une lueur d’espoir et rappeler que tout n’est pas perdu, et que le futur se construit chaque jour, avec les souffrances du passé, et car il est possible d’y survivre et de vivre malgré tout.

Des bisous pailletés,

Elise

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